Le Rosaire est-il composé de 3 ou de 4 chapelets ?
Qu’en est-il des mystères lumineux, proposés par le pape saint Jean-Paul II ?
Voici la réponse donnée par les papes et l’Église, au fil des siècles.
Origine du Rosaire
« Le Rosaire a été institué sous inspiration divine par Saint Dominique » [1170-1221]
Pape Léon XIII, Supremi Apostolatus Officio, 1er aout 1883.
Par la suite de multiples papes, attestèrent l’origine du Rosaire, ce qui conduisit Benoît XIV (1740 – 1758) à écrire :
«… tant d’oracles des souverains pontifes, de Léon X, de Pie V, de Grégoire XIII, de Sixte V, de Clément VIII, d’Alexandre VII, d’Innocent XI, de Clément XI, d’Innocent XIII, de Benoît XIII et d’autres encore, tous unanimes pour attribuer à saint Dominique l’institution du Rosaire … »
L’enseignement unanime des papes
URBAIN IV
En 1236, il écrivit :
« Il est un rite pieux selon lequel, contre les dangers que court le monde, on récite l’Ave Maria autant de fois qu’il y a de psaumes de David, [150 ndlr], en faisant précéder chaque dizaine de l’Oraison dominicale. Avec notre autorité́ apostolique, nous approuvons ce psautier de la Vierge. »
SAINT PIE V
En 1569, il fixa définitivement la forme du Rosaire par la bulle Consueverunt romani Pontifices, dans laquelle il dit très clairement que saint Dominique l’a apporté à l’Église
« … un mode de prière, appelé́ Rosaire ou psautier de la bienheureuse Vierge Marie, qui consiste à honorer la bienheureuse Vierge Marie par la récitation de 150 Ave Maria, conformément au nombre des psaumes de David (…) »
LEON XIII
Il rappelle, dans Lætitiæ sanctæ (8 août 1893), que les
« trois causes principales du désordre des peuples trouvent leurs remèdes dans les trois séries de mystères. »
PAUL VI
Lors du concile Vatican II, des réformateurs voulurent modifier le Rosaire. Face à des propositions émises en avril 1973, le pape Paul VI refusa énergiquement :
« Le chapelet doit rester unique dans sa forme et inchangé par rapport à ce qu’il est actuellement. »
L’année suivante, dans l’exhortation apostolique Marialis Cultus (2 février 1974), il confirma la structure du Rosaire :
- n° 45 : (…) La division en trois parties des mystères du Rosaire non seulement correspond étroitement à l’ordre chronologique des faits, mais surtout reflète le schéma de la prédication primitive de la foi et propose à nouveau le mystère du Christ exactement de la façon où le voyait saint Paul dans le célèbre « hymne » de l’Épître aux Philippiens : abaissement, mort, exaltation (2, 6-11).
- n° 49 : Le Rosaire de la Vierge Marie, selon la tradition que notre prédécesseur saint Pie V recueillit et proposa ensuite officiellement, comporte plusieurs éléments disposés d’une manière organique :
la contemplation, en union avec Marie, d’une série de mystères du salut, sagement répartis en trois cycles, qui expriment la joie des temps messianiques, la douleur salvifique du Christ et la gloire du Ressuscité qui se répand sur l’Église (…).
Leur nombre [des Ave], dans la forme typique et complète de 150, présente une certaine analogie avec le Psautier et remonte aux origines mêmes du pieux exercice. (…)
La lettre apostolique de Jean-Paul II
En 2002, Jean-Paul II signait une lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae dans laquelle il propose cinq thèmes de mystères supplémentaires qu’il a appelés lumineux et qui sont tirés de la vie publique de Notre Seigneur. Beaucoup de confusions ont été faites sur cette lettre du pape et il est utile de rappeler plusieurs choses importantes :
- Jean Paul II ne crée aucune obligation, car une lettre apostolique relève de la libre appréciation des fidèles ce qu’il rappelle dans sa lettre, au n°19 : « tout en le laissant à la libre appréciation des personnes et des communautés, cela pourrait permettre de prendre en compte également les mystères de la vie publique du Christ entre le Baptême et la Passion. »
- Jean Paul II reprend un usage ancien. L’Église n’a en effet jamais figé les thèmes des mystères et depuis le XVème siècle, les Chartreux méditaient d’autres thèmes de mystères joyeux. C’était le cas aussi de prédicateurs comme le Père Calmel (op) (1914-1975) qui proposait, pour le 5ème mystère joyeux, de méditer sur le miracle de Cana ou d’autres passages de la vie publique de Jésus. Le pape n’introduit donc aucune pratique nouvelle et ne fait que proposer de façon non obligatoire cinq thèmes de la vie de Jésus.
La seule particularité est qu’il leur a donné le nom de mystères lumineux, ce qui a été mal interprété. - Jean Paul II n’a enfin jamais écrit que la structure du Rosaire était changée. Pas une seule phrase de sa lettre n’indique qu’un Rosaire est désormais constitué de 200 “Je vous salue Marie“ en 4 chapelets.
Ainsi, il n’a pas modifié la structure du Rosaire dans le répertoire officiel publié par le Saint Siège, L’Enchiridion Indulgentiarum dans lequel la structure en 15 dizaines est toujours conservée : « Le Rosaire est une forme de prière, dans laquelle à la récitation de 15 dizaines de « Je vous salue, Marie », intercalées du « Notre Père », on joint respectivement la pieuse méditation d’autant de mystères de notre rédemption. » C’est d’ailleurs logique car on voit mal Jean-Paul II déjuger Paul VI, déjuger des dizaines de papes depuis Urbain IV et déjuger ND de Fatima, lui qui a été sauvé par Elle.
Les fidèles sont donc libres d’utiliser ou pas les thèmes des mystères lumineux, de les intégrer ou pas dans les mystères Joyeux, ou de réciter un chapelet dans la semaine avec ces thèmes de mystères, ou même de choisir d’autres passages de la vie publique de Notre Seigneur.
Fatima : Notre-Dame a rappelé la structure du Rosaire
Le 13 octobre 1917, après avoir dit que son nom était Notre-Dame du Rosaire, la Sainte Vierge montra aux petits voyants trois tableaux représentant les trois séries des mystères du Rosaire :
- La Sainte Famille, illustrant les mystères joyeux ;
- Notre-Dame des Douleurs, avec à côté d’elle Notre Seigneur illustrant les mystères douloureux ;
- Notre-Dame du Mont-Carmel tenant dans sa main un scapulaire, illustrant les mystères glorieux.
Puis, le 10 décembre 1925, la Sainte Vierge confirmera la structure du Rosaire. Lors de son apparition à Sœur Lucie de Fatima pour les “1ers samedis du mois“ Elle demandera de méditer pendant quinze minutes « sur les quinze mystères du Rosaire en esprit de réparation ».
Conclusions
- Institué par Saint Dominique au XIIIème siècle, le Rosaire est structuré depuis son origine en 150 “Je vous salue Marie“ répartis en trois séries de mystères. Plus de dix papes, dont Paul VI, ont confirmé et maintenu
cette structure du Rosaire liée aux 150 psaumes et aux 3 cycles de la vie du Christ. Cette structure a été confirmée par Notre-Dame de Fatima. - Jean Paul II, à la suite des Chartreux et de divers prédicateurs, a voulu enrichir la diversité des thèmes de méditation avec la vie publique de Notre Seigneur mais sans modifier la structure même du Rosaire. De plus, loin de faire de ces thèmes une obligation, il les a laissés « à la libre appréciation des fidèles et des communautés ». La volonté du pape est donc que, dans ce domaine, la liberté de chacun soit respectée.
- En synthèse, la structure même du Rosaire n’a pas changé depuis son origine et il est parfaitement faux de dire que le Rosaire est désormais composé obligatoirement de 200 « Je vous salue Marie » en quatre séries de mystères. En revanche, il est vrai de dire que les fidèles ont la liberté de garder le Rosaire avec les mystères habituels ou d’introduire d’autres thèmes de mystères en s’inspirant de la vie publique de Notre Seigneur, en particulier les passages choisis par Jean Paul II.
Texte écrit par Salve Corda dont le Chapelet perpétuel pour le monde est membre.

